" Le Barreau du Sénégal suit avec une attention particulière l'évolution préoccupante de la situation politique et institutionnelle qui prévaut dans notre pays suite aux décisions prises par les plus hautes institutions de la République notamment :
En l’absence d’éléments factuels d’appréciation et d’analyse, le Barreau
relève que les faits imputés, au même titre que les décisions prises, sont graves et
porteurs d’incertitudes pour le Sénégal.
Cette situation, quels qu’en puissent être les motivations et les sièges
de responsabilités, met en péril la stabilité du pays, la paix sociale et le respect
des institutions garantes de notre démocratie et de la République.
Soucieux de la préservation des
valeurs de l’Etat de droit et rigoureusement attaché
aux principes de légalité, le Barreau du Sénégal proscrit toute atteinte à l’ordre
constitutionnel qui viole les principes démocratiques et pourrait installer le pays dans un
cycle de violence et d’insécurité majeures.
Le Barreau du Sénégal condamne vigoureusement toute violence dans l’espace social, déplore
les dégâts matériels ainsi que les pertes en vies humaines et présente ses condoléances aux
familles endeuillées.
Tout en appelant à la retenue et à l’apaisement des populations, notamment des jeunes, il en
appelle aux pouvoirs publics afin de traiter l’appel, il exige que les institutions, dans leur rôle
respectif, instruisent des auteurs d’abus ou de forfaits des sanctions sévères et exemplaires.
La liberté de candidature garantie par la Constitution ainsi que l’exigence du respect de l’ordre public
ne doivent absolument pas justifier ou légitimer la violence.
comme mode d’expression ou de répression des revendications dans un Etat de droit.
Lors de la rentrée des cours et tribunaux le 25 janvier 2024, le Barreau rappelait au Président de la République, aux acteurs
de la justice et ceux politiques, l’exigence du respect du serment, de l’attitude républicaine et le courage d’assumer le poids du sacrifice individuel
au service de la nation, pour qu’ils aient toujours à l’esprit que les hommes passent et que les institutions demeurent.
Le constat intangible dans la situation que nous vivons actuellement est que le citoyen, le peuple, n’est qu’une variable d’ajustement pour les acteurs politiques
qui rusent avec les principes du vivre en commun.
Les intérêts du peuple sénégalais ne peuvent se mesurer à l’aune des objectifs et attentes
politiques ou des défaillances dans l’application de la règle de droit.
Le Barreau du Sénégal appelle au respect scrupuleux de la loi fondamentale et des droits
qu’elle consacre au citoyen.
Il rappelle qu’il ne suffira pas d’ouvrir des concertations entre seuls acteurs de la classe politique
ni de trouver des solutions ponctuelles à des questions structurelles profondes.
Il s’agira surtout, pour préserver les fondements de l’Etat de droit, de remettre le citoyen et la République au centre
des préoccupations afin de trouver autour de l’intérêt supérieur de la nation les raisons de taire les divergences partisanes et de rendre compatibles
les ambitions proclamées pour le peuple sénégalais.
Notre pays a une longue tradition de légalité et son peuple a toujours su se retrouver
autour des valeurs et principes qui fondent, par-delà nos différences et nos adversités, notre commun vouloir de vie commune.
Une nouvelle fois, le jeu et les enjeux politiques convoquent les organisations et les institutions
républicaines de notre pays mais aussi et surtout le peuple profond, silencieux et majoritaire à démontrer leur
capacité à appréhender cette crise et à en sortir le peuple sénégalais, indemne et uni.
Pour restaurer la confiance nécessaire du citoyen dans nos lois, redorer les blasons ternis de nos
institutions et surtout préserver la paix et la stabilité du Sénégal.
Dakar, le 14 février 2024
Pour le Conseil de l’Ordre
Le Secrétaire Général
Maître Ibrahima NDIEGUENE "